LE DERNIER CURÉ DE SAINT-MARTIN DE LANDES

François Chéreau est né à Maslives en 1730. Après ses études, au séminaire diocésain de Blois dirigé depuis 1744 par les Eudistes, il est ordonné prêtre par Mgr May de Termont (vers 1756) et c'est le 7 décembre 1758 qu'il prend possession de la cure de la paroisse Saint-Martin de Landes. Il succède à M.Binet et a alors 28 ans.

A son arrivée, il n'a dû, sans doute, avoir aucune difficulté pour assumer ses fonctions, ayant un excellent guide en la personne de son oncle : Nicolas Claude Chéreau. En effet, ce dernier, âgé de 63 ans et très estimé de la population landaise, était le curé de Saint-Lubin de Landes depuis 1721. Il fut enterré à Landes en 1773 et sa stèle est visible dans la crypte de l'église Saint-Lubin.

Les relations avec le deuxième successeur de son oncle à la cure de la paroisse Saint-Lubin furent sans doute plus difficiles d'après l'anecdote, auparavant citée, relatée par l'auteur des "fragments d'une histoire de Landes".

Le 13 avril 1783, dimanche des Rameaux, la grosse cloche (il y en avait deux) de l'église Saint-Martin fut cassée en sonnant le sanctus. Une nouvelle fut fondue à Villemardy, le 15 octobre 1783. Cette même cloche allait sonner le jeudi 5 mars 1789, afin de convoquer les participants des deux communes à la réunion de l'assemblée qui devait avoir lieu dans l'église, en vue de procéder à l'élaboration du cahier des doléances.

Les événements vont alors se succéder à un rythme rapide :

Le 3 novembre 1789, l'Assemblée nationale vote la mise des biens du clergé à la disposition de la Nation. Du 11 au 20 août 1790, le nouveau maire Jules Bruère, accompagné de ses adjoints, procédèrent à l'inventaire des biens et des titres de la cure Saint-Martin.

La constitution civile du clergé fut votée le 13 juillet 1790. Tous les ecclésiastiques durent prêter serment de fidélité à la constitution, par décret en date du 27 novembre, exigé dès janvier 1991.

« Par décret de l'Assemblée nationale, et conformément à la constitution civile du clergé en date du 24 août 1790, tous les ecclésiastiques prêteront le serment exigé un jour de dimanche après la messe, en présence du conseil général de la commune et des fidèles. Ceux qui ne le prêteront pas seront réputés avoir renoncé à leur office et il sera pourvu à leur remplacement. »



Le 30 janvier 1791, François Chéreau prête le serment officiel :

« Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui m'est confiée, d'être fidèle à la nation, à la loi, au roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi. »

Mais il va y ajouter une addition :

"Sauf en tout et toujours ce qui serait contraire à la doctrine de Jésus-Christ, l'autorité et le régime spirituel de l'église catholique, apostolique et romaine."

Or les additions étaient interdites. François Chéreau refusera de supprimer cette addition. Dès lors, il est considéré comme insermenté, mais ne fut pas remplacé par la suite. En effet, la cure Saint-Martin, considéré comme bien national, fut incluse dans la liste des biens à vendre.

Le pape Pie VI fit connaître sa réponse officielle par les brefs Quod aliquantum du 10 mars 1791, et Caritas du 13 avril 1791. Il demandait aux membres du clergé n'ayant pas encore prêté serment de ne pas le faire, et à ceux qui avaient déjà prêté serment, de se rétracter dans l'espace de quarante jours. Cette position fut largement diffusée par l'évêque insermenté du diocèse de Blois Mgr de Thémines qui avait été, entre temps, remplacé par l'abbé Grégoire.

Le 24 mai 1791, le nouvel évêque envoya une lettre pastorale destinée à être lue en chaire, mais François Chéreau refusera de recevoir cette lettre qui lui fut remise par Julien Bruère, maire de Landes.

En 1792, François Chéreau envisage d'émigrer en Suisse. A cette fin, il prend un passeport à Orléans, le 31 août.. Mais il ne donne pas suite à son projet et il se présente à la municipalité de Blois. Il sera incarcéré à la maison dite "des Capucins", puis transféré à Pontlevoy. Il fut libéré le 24 novembre 1794 et revint à Landes où il décéda au cours de l'année 1801.

Après la vente des biens nationaux de la commune en 1792, le démantèlement de l'église Saint-Martin commença en 1793. C'est ainsi que François Chéreau eut la tristesse d'assister à la démolition de cette église qu'il avait desservie avec zèle et fidélité pendant 33 années.


LA FIN DE LA PAROISSE SAINT-MARTIN

L'article 15 de la Constitution Civile du Clergé (12 juillet 1790) précisait : "Dans toutes les villes et bourgs qui ne comprendront pas plus de six mille âmes, il n'y aura qu'une seule paroisse ; les autres paroisses seront supprimées et réunies à l'église principale."

En application de ce décret, la paroisse Saint-Martin, dont le curé était insermenté, fut réunie à celle de Saint-Lubin de Landes.

L’église et le presbytère furent vendus comme biens nationaux au district de Blois, en deux lots distincts. Le presbytère fut mis en adjudication le 16 juillet 1792 et l'église le 23 janvier 1793. Le cimetière, bien communal, fut exclu de la vente.


La fin de l'église Saint-Martin

L'église, mise à prix pour 1000 livres, fut achetée par M. Louis Briais, charpentier à Landes, pour la somme de 1525 livres. Elle fut, en majeure partie, démolie dans les années qui suivirent, à l'exception des murs de soutènement des terres de la partie nord.

La fin de la cure Saint-Martin

Charles Suppligeau, un cultivateur aisé de Lancôme, gérant de la propriété de Rincé, acheta la maison presbytérale et les biens attenant pour la somme de 6 825 livres, soit le triple de la mise à prix. Jusqu'à son acquisition, en 2005, par le propriétaire actuel, la propriété restera dans les mains des descendants de la famille Suppligeau par voie d'héritage ou de mariage.
Les transformations de la propriété Saint-Martin.

Il semblerait que les modifications successives apportées à la propriété ne soient intervenues qu'assez tardivement. Sur un plan cadastral dont on peut fixer la date entre 1856 et 1863, on ne constate aucune modification de la propriété par rapport à celui de 1820. Par ailleurs, un curieux plan, non daté, nous montre un projet de modifications dans lequel les bâtiments sont conservés mais l'ancien presbytère est scindé en deux corps de logis : une ferme et une maison. Ce projet est destiné à M. Ferrand et nous indique donc que ce dernier continue à exercer une activité agricole. Dans la lignée des Ferrand, propriétaire de Saint-Martin, le dernier ayant continué cette activité est Jacques Ferrand. A partir de 1880, les propriétaires successifs exercent la profession de notaires.
On y ajoutera deux observations complémentaires.
Le plan d'alignement de 1863 (ci-dessous) montre que la parcelle du cimetière est dans les mains du notaire Me Lesage. Elle ne comporte aucune trace de construction.

Au cours du passage des prussiens en 1870, les châteaux de Moulins et de Chassay furent occupés, mais rien de semblable n'est mentionné concernant Saint-Martin.
Si ces observations s'avèrent exactes, ce serait M. Georges Ferrand qui, dans le dernier quart du XIXe siècle, aurait entrepris les travaux de construction du château et des bâtiments à usage de chais ou d'habitation pour le personnel, d'où le nom de Château-Ferrand donné par les habitants du village à la propriété. L'examen des archives municipales conservées à Blois permettrait de vérifier l'exactitude de cette hypothèse et de connaître, de façon précise, les dates et la nature des différentes constructions.

Les modifications au XXe siècle.

Les cartes postales les plus anciennes montrent que l'ensemble des bâtiments tels qu'on les voit aujourd'hui sont en place. Deux modifications y seront apportées :
Sur le coté Ouest : destruction de la terrasse et prolongation du bâtiment.

Sur la façade Nord : adjonction d'un porche d'entrée, en avant-corps.




Sur une des vues, prises avant ces travaux, on peut noter la présence d'un réverbère ce qui semblerait prouver que ces modifications aient été effectuées après l'électrification du bourg. Mais cette preuve n'en est pas une car ce mystérieux réverbère est également visible sur des cartes postales antérieures à 1918.

En fait, il semblerait que ces travaux aient été entrepris aux alentours des années 1930. En effet, un plan nous indique que l'escalier à double rampe fut accolé au mur de soutènement en 1931 et la présence du porche est visible sur le plan cadastral de 1934.

A cette époque, l'activité viticole est toujours active, l'ouvrage "Un enfant de Landes", nous apprend que le maître de chais s'appelle Mâne. Elle perdurera jusque vers les années 1959.







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