Poignée de main, communication non verbale

Comme le disait Paul Watzlawick, membre fondateur de l’école de Palo Alto et théoricien de la communication : “On ne peut pas ne pas communiquer”. En effet, au quotidien, nous nous exprimons en permanence au travers du langage verbal et non verbal. S’il est relativement simple de contrôler ses mots, il l’est beaucoup moins pour son corps. Qu’est-ce que votre poignée de main dit de vous? Découvrez l’importance du langage non verbal et de sa maîtrise.

Origines

Une poignée de main est un geste de communication effectué le plus souvent en guise de salutation mais qui peut également être une signification de remerciement ou d'accord.

Deux hypothèses, assez similaires toutefois, proposent par exemple une explication quant à l'origine de cette pratique :

Selon la première hypothèse, qui remonte au temps des chevaliers, tendre la main droite (car tous les chevaliers étaient formés pour être droitiers), indiquait que l'on n'avait pas l'intention de dégainer son épée.

Selon la seconde hypothèse, la poignée de main permettait aux interlocuteurs de montrer qu'ils venaient sans arme qui aurait pu être cachée dans le poing ou la manche.

La foi est la représentation d'une poignée de main en héraldique. La foi est normalement posée en fasce (ce qui n'est pas blasonné), mais peut également être en bande ou en barre. Elle est dite parée lorsque les poignets sont couverts de bracelets ou de manche. À l'origine, elles représentent l'allégeance.

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D'azur à la foi d'or, accompagnée en pointe d'une coquille d'argent.

On trouve les premières poignées de main dans l’Antiquité grecque, sur des stèles du Ve siècle avant J-C. Homère en faisait déjà mention dans L’Iliade.

« Ils mettent pied à terre, et, joyeux, tous les accueillent avec les mains droites et de douces paroles.»

La poignée de main est alors une manière de sceller une alliance, de montrer qu'on vient en paix ou de prêter allégeance.


Un usage beaucoup plus récent

Pendant des siècles, ce geste est réservé à la politique et à la diplomatie, ce n'est pas encore un geste de salutation populaire.

C'est au XIXe siècle, dans le monde rural que la poignée de main se démocratise vraiment. Les paysans prennent l'habitude de "toper" dans la main de l'autre après une transaction, durant les foires ou les marchés.

Emmanuel Désveaux, anthropologue : "En se serrant la main, on se met en position d'égaux à égaux. C'est le signe d'un accord et d'une confiance et en même temps une manière de se congratuler d'avoir fait affaire. C'est au XIXe siècle que ce contractualisme se met en place, avec peut-être l'idée républicaine d'égalité entre les sujets qui se substitue à des systèmes de révérence dans une hiérarchie."

Avec la mondialisation et le commerce, la poignée de main s'est imposée dans les échanges. Mais cette forme de contact n'est pas évidente dans de nombreuses cultures.

Emmanuel Désveaux : "Je pense qu'il y a des civilisations du contact entre individus et des civilisations de la distance. Une civilisation de la distance, ce sont par exemple les Amérindiens du Nord ou du Sud, ce sont des gens qui prennent toujours leurs distances. Chez eux, la parole prime toujours sur le contact humain. Le serrage demain est en fait une formule intermédiaire, parce qu'on garde quand même une distance, on est à 80 cm, ou un 1 mètre de l'autre mais on a quand même un contact physique avec l'autre, même s'il est ponctuel et limité à une partie du corps."

Dans de nombreuses cultures asiatiques, les salutations se font sans aucun contact. Au Tibet, par exemple,  le salut traditionnel se fait en tirant la langue, une manière de montrer qu'on n'est pas une réincarnation d'un roi maudit du IXe siècle, qui avait la langue noire selon la légende.


Des usages différenciés dans le monde

En Europe, on a l'habitude de nous saluer en nous serrant la main ? Pourtant, dans d'autres cultures, on a appris à se saluer sans se toucher.

En Inde, le namasté ("je m'incline devant toi" en sanskrit) se fait les deux mains jointes au niveau de la poitrine.

En Thaïlande, le wai se fait autant pour saluer que pour remercier. Plus les mains sont hautes, plus le respect témoigné est grand.

Au Japon, c'est "l'ojigi", une courbette qui varie selon le statut de l’interlocuteur.

Emmanuel Désveaux : "Il y a tout un degré d'inclinaison entre celui qui se penche le plus et celui qui se penche le moins. Avec soit une surenchère comme au Japon, pour être le plus poli possible, soit des systèmes, comme en Inde ou en Chine où les gens s'inclinent face à l'autre, tout en gardant conscience de leur position sociale les uns vis-à-vis des autres. La poignée de main, elle abolit tout ça. Elle crée une véritable fiction d'égalité entre les partenaires.


Quelques exemples célèbres

• 24 octobre 1940 : Poignée de main entre Pétain et Hitler.

• 18 juillet 1975 Apollo-Soyouz : une poignée de main dans l'espace.

• 1er décembre 1990 : Jonction du tunnel sous la Manche.

• 13 septembre 1993 : Poignée de main entre Israël et la Palestine.

 29 juin 1995 : Assemblage de Mir et d'Atlantis.


Citations

"Le baiser d'une femme, c'est la poignée de main du boxeur avant le combat."

Marcel Achard

"J'ai un beau rire franc, ma poignée de main est énergique, ce sont là des atouts."

Albert Camus


Informations de la poignée de main

Ce qu'il vous faut bien comprendre, c'est que, sans le vouloir "consciemment", la personne qui serre la main va envoyer des informations sur elle-même à celle qui la reçoit : Encore faut-il savoir quelles sont ces informations et comment les décrypter !

La paume de la main est orientée vers le bas (elle regarde le sol)

Cette attitude vous indiquera que vous avez de fortes chances de vous trouver en face d'un dominateur, une personne cherchant naturellement à prendre le dessus sur vous.

Son geste est inconscient mais la plupart du temps, il s'agit sans le savoir d'une tentative de soumission de l'autre.

Vous n'y croyez pas vraiment ?

Prenons un exemple tout simple et facilement vérifiable. Observez tout simplement les couples marchant main dans la main dans la rue...

Quand vous êtes en face d'eux, regardez bien qui recouvre la main de l'autre : par "recouvrir" j'entends celui qui présente le dessus de sa main au public... Bien souvent, virilité masculine oblige, il s'agit de l'homme. En tous les cas, cette caractéristique pourra vous donner une idée de qui porte vraiment la culotte dans le couple et de celui (ou celle) qui accepte la domination de l'autre.

Besoin d'un autre exemple ? Observez bien la prochaine fois que vous en aurez l'occasion, la façon de se serrer la main des hommes politiques lors des rencontres diplomatiques.

Bien souvent, dans ces cas-là, le dirigeant du pays le plus "puissant" aura sa main par-dessus celle de son homologue.

Il peut malgré tout arriver que la situation inverse se produise, afin de donner plus d'importance à l'interlocuteur. En tout cas, dans le milieu politique, où l'image que l'on renvoie est primordiale, aucun geste n'est laissé au hasard. L'image renvoyée aux citoyens est essentielle et c'est elle qui dicte les attitudes de ces experts en langage corporel.

La paume de la main est orientée vers le haut (elle regarde le ciel)

En opposition au chapitre précédent, vous l'aurez compris, vous vous trouvez en face d'une personne qui se présente face à vous avec une attitude pacifiste.

Bien souvent, c'est l'attitude que des candidats à l'embauche peuvent employer devant un recruteur ou un patron. La personne veut vous montrer qu'elle vient à votre rencontre avec les meilleures intentions du monde.

Elle accepte votre supériorité, en tout cas, elle ne la conteste aucunement.

Inconsciemment, ce geste représente ce qu'on appelle "montrer patte blanche". Cette personne vous montre que ses mains sont "vides" et qu'elle n'est animée d'aucune mauvaise intention à votre égard.

Attention toutefois, lorsque vous vous trouvez en face d'une personne cherchant par exemple à vous amadouer en vous mettant à l'aise pour mieux vous amener à accepter ses propositions, il n'est pas rare qu'elle adopte cette façon de vous serrer la main.

N'oubliez pas que certaines personnes sont expertes dans ce qu'on appelle la PNL (Programmation Neuro-Linguistique) et que ces notions que nous sommes en train de voir n'ont rien de mystique pour elles.

La main est droite (ni incliné vers le haut ni vers le bas)

Votre rapport avec la personne en face de vous est équilibré, aucune des deux ne cherche à dominer ou à se soumettre à l'autre.

Ce n'est pas forcément la meilleure attitude dans tous les cas. Par exemple, lorsqu'un jeune homme serre la main de cette façon à un ancien, on peut aisément se dire que ce n'est pas la meilleure façon de procéder, même si cela n'a rien d'insultant.

Cela pourrait démontrer chez le jeune homme une personnalité assez forte mais en aucun cas laisser penser qu'il est malpoli. Il faut bien saisir la nuance, c'est important.

Ces 3 façons de serrer la main ne doivent jamais être prises soit pour une attaque (paume vers le sol), soit pour un plaisir d'être dominé (paume vers le ciel) ou encore pour une volonté de se mettre à votre niveau (main droite).

Vous êtes sans doute en train de vous dire que tout ça, pour vous, ça ne change rien. Que vous ne faîtes jamais attention à celui qui a la main qui recouvre celle de l'autre? A première vue, oui, vous avez raison, cela ne change apparemment rien.



Et pourtant, votre inconscient le détecte lui, sans que vous ne vous en rendiez compte et c'est ce genre de messages inconscients, que les gens renvoient à leurs semblables, qui leur confèrent ce que l'on appelle "l'aura" ou encore "le charisme"

Mésange


À combien de personnes serrons-nous la main chaque jour sans vraiment y réfléchir ? Le geste semble si banal qu'il donne l'impression d'avoir perdu tout sens dans notre société. Or il suffit qu'une personne ne nous serre pas la main, ou, pire, qu'elle nous serre deux fois la main à bref intervalle, pour que nous attribuions à nouveau beaucoup d'importance au geste : la personne est en train de nous éviter, la personne ne nous reconnaît plus, etc. Il ne s'agit pas seulement de rapports interpersonnels ; la poignée de main s'intègre dans les opérations quotidiennes de « ratification réciproque », selon la formule d'un autre membre du collège invisible, le sociologue Erving Goffman. Serrer la main le matin, ce n'est pas seulement saluer un collègue, c'est encore confirmer son appartenance à un certain groupe social en employant son « idiome cérémoniel ». La poignée de main ne relève pas seulement de la proxémique ou de la kinésique ; elle n'est pas seulement une belle manifestation de synchronie interactionnelle. Elle s'intègre aussi dans une sociologie des interactions, dans une anthropologie de la communication. La poignée de main est une des illustrations les plus fortes de la relation entre communication et société.


Les différentes poignées de main et leurs significations

Le broyeur de main

Votre interlocuteur veut vous montrer qu'il est supérieur à vous en vous serrant la main trop fort. C’est parfois vu comme un geste de confrontation. Certaines personnes qui n’ont pas confiance en elles utilisent également cette poignée de main pour tenter de rabaisser l’autre personne et se remonter ainsi.

Il vous serre la main, tout en tenant, avec sa main gauche, votre coudre

Attention! Ce genre de personne est souvent manipulateur. Par ce geste, il souhaite peut-être vous forcer à faire quelque chose que vous ne voulez pas faire ou vous empêcher de faire quelque chose.


La poignée de main à deux mains

Votre interlocuteur tient votre main avec ses deux mains. C’est souvent un geste paternaliste qui montre que votre interlocuteur est amical avec vous ou… qu’il fait semblant de l’être!


La main molle

Votre interlocuteur n’a pas de force dans la main. C’est un signe qu’il manque de détermination, qu’il n’a pas de volonté et d’énergie.


La petite tape sur l’épaule

Cette poignée de main est fréquente chez les politiciens. Elle a deux significations : la personne est soit amicale avec vous, soit elle vous considère comme un subalterne.


La montagne russe

Votre main monte et descend à la manière d’une montagne russe. La personne qui contrôle le mouvement veut montrer qu’elle a le dessus sur vous et vous imposer ses idées.


La main moite

Vous le savez, la nervosité est souvent associée aux mains moites. Ça peut être vrai dans le cas de votre interlocuteur. Cependant, ça peut aussi être provoqué par un problème de santé. S’il a de la difficulté à vous regarder les yeux en vous serrant la main, il se peut fortement qu’il soit nerveux.


Il détourne le regard

Votre interlocuteur vous serre la main, mais regarde volontairement dans une autre direction. Il ne vous aime sûrement pas, mais n’a pas le choix de travailler avec vous ou de vous rencontrer.


Du bout des doigts

Il n’a sûrement pas envie de vous serrer la main… ou il ne s’attendait pas vous donner une poignée de main, car il a la main sale ou mouillée, car il vient d'aller aux toilettes! Lavez-vous bien les mains après...


La poignée de main interminable

Voici une personne qui est juste trop contente de vous voir ! Prudence ! Car ça peut être le genre de personne à drainer beaucoup d’énergie. Faites gaffe en présence de ce genre d'individu.


Des poignées de main particulières servent aussi de signe de ralliement à une communauté : les francs-maçons ont ainsi une poignée de main particulière entre eux. Parfois, la poignée de main est remplacée par une séquence plus ou moins longue ou élaborée de gestes comme se taper dans la main à plat avant de se taper les poings fermés et de se taper la poitrine à l'emplacement du cœur. Certains gestes sont parfois difficiles à accomplir, comme claquer des doigts simultanément tout en se serrant la main en claquant son pouce sur la main de l'autre.


Le check ou le « fist bump » : une mauvaise idée

Le 28 février 2020 à Séoul. Le président de la Corée du sud salue un député avant une réunion sur le coronavirus.

Une très mauvaise idée selon le « Times», qui rappelle que ce geste n’a aucune raison d’être moins dangereux qu’une poignée de main. Les mains peuvent être un vecteur de contamination si on les porte ensuite au visage, un geste qu’on fait machinalement de nombreuses fois par jour.


Le coup de pied, ou « footshake » : sécurisé mais peu cordial

Lorsque l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a recommandé sur BFMTV de privilégier la salutation par le pied, l’idée a déclenché quelques crises de rires sur Twitter.

Et pourtant, cette technique fait partie de celles recommandées par la NUS, l’école de médecine Yong Loo Lin de Singapour. Plusieurs tutos sur les différentes façons de se saluer en « footshake » circulent d’ailleurs sur l’application TikTok, très populaire chez les adolescents. Problème : c’est assez peu cordial, et demande une certaine dextérité.


Le coup de coude : une fausse bonne idée

Sur BFMTV, Agnès Buzyn a aussi indiqué penser que les Parisiens, « d’ici une semaine », se salueraient probablement aussi « avec les coudes ». Une idée à oublier, dans la mesure où le gouvernement appelle précisément… à éternuer dans son coude.


Le « coronavirus high five » : l’alternative australienne

En Australie, Anna Musson, experte es étiquette préconise dans le « Sydney Morning Herald » un « high five » remanié pour ces temps de crise. Cela consiste à effectuer un high-five… sans se toucher : on présente sa main ouverte et levée, et on feint d’aller frapper la paume de la personne que l’on souhaite saluer. « Cela nous permet de dédramatiser en riant », indique-t-elle.


Un baiser sur l’index, façon Fashion Week

A Milan, certains fashionistas venus courir les défilés de la semaine de la mode ont été aperçus en train d’envoyer un double baiser du bout de leurs doigts au lieu de baiser les joues de leurs interlocuteurs. Là encore, on a connu plus astucieux dans la mesure où toutes les autorités sanitaires déconseillent de porter ses mains à son visage, son nez ou ses yeux.


Le clin d’œil ou le « regard sincère »

Sur l’antenne parisienne de France Bleu, Philippe Lichtfus, expert en étiquette contemporaine et savoir-vivre préconise un retour à une façon plus sincère de se dire bonjour. « On peut tout à fait se saluer sans se donner la main. Ce sont peut-être des circonstances pour réapprendre à se dire bonjour de manière plus sincère», poursuit-il. « On peut se positionner en face de la personne qu’on veut saluer, la regarder dans les yeux, sans la dévisager, en croisant son regard et la saluer avec un visage ouvert, en disant’Bonjour Monsieur ou Madame», conseille-t-il ainsi.


La peste à l'origine de la chute de Rome


Les épidémies ont profondément transformé le paysage géopolitique européen. Voici comment la 1re pandémie a affecté l'Empire romain, au point d'en précipiter sa chute, selon certains historiens.

Sources : Affaires de gars, Dictionnaire de la sociologie, Gestion-ressources-humaines, France culture, Vie explosive, Wikipédia, Nouvel obs

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